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Le candidat du MoDem redoute le pire si le vainqueur devait être François Hollande ou Nicolas Sarkozy. Il propose une majorité d'union nationale pour redresser le pays.
Vous êtes le chouchou des Français, mais bas dans les intentions de vote. Pourquoi ?
On ne doit pas s'engager dans la campagne présidentielle en s'interrogeant sur les sondages, mais avec une seule question : qu'est-ce qui est bon pour le pays ? Ce n'est pas une épreuve sportive. J'ai la certitude de proposer le seul chemin possible pour sortir réellement du chômage, de l'endettement, de l'appauvrissement qui rend les fins de mois difficiles. De tout cela qui menace notre pays, les autres candidats n'en traitent pas. Pas un mot !
On est au point limite d'une Ve République qui s'essouffle ?
Vous avez dit l'essentiel ! La guerre civile institutionnalisée entre gauche et droite fait prendre des positions absolument contraires à l'intérêt du pays. Quand je m'oppose à la bipolarisation, ce n'est pas seulement parce que j'aime le pluralisme ; c'est parce que cette configuration empêche de faire les choix qui permettraient aux Français de s'en sortir. Toute campagne tire la droite vers plus à droite et la gauche vers plus à gauche.
Par exemple ?
Par exemple, François Hollande propose 28 milliards de dépenses nouvelles dans un pays qui a 100 milliards de déficit. Et Nicolas Sarkozy, dans les derniers jours, a proposé 8 milliards de dépenses nouvelles ! C'est de l'irresponsabilité politique.
Vous prônez l'union nationale pour en sortir ?
Je prône une majorité centrale d'union nationale. Exactement ce qu'a fait, en 1958, le général de Gaulle, qui a invité à participer au pouvoir les grandes forces, hors extrêmes, pour redresser le pays. Le seul moyen de vaincre le blocage institutionnel, c'est l'élection présidentielle.
Qu'est-ce qui peut rallier humanistes de droite et réalistes de la gauche ?
Disons, les réformistes. Nous avons quatre sujets dont dépend la survie du pays. Le surendettement : il menace à court terme le crédit des familles et l'indépendance du pays. C'est une situation qui va nous faire ressembler un jour à l'Italie ou à l'Espagne. Le second : tout ce que je regroupe autour du « produire en France ». Nous sommes soumis à une hémorragie perpétuelle d'emplois et de ressources, les familles n'arrivent plus à boucler les fins de mois. Dans un pays qui s'appauvrit, les familles s'appauvrissent ! Troisièmement : on a un problème majeur d'éducation que l'on traite mal parce que l'on cible les enseignants alors qu'il faudrait les soutenir. Enfin, on a de mauvaises habitudes dans la vie publique dont tout le monde s'émeut mais sur lesquelles personne ne fait rien.
Certains disent que votre projet, avec 50 milliards de prélèvements en plus et 50 milliards d'économies, casserait la croissance...
Ce qui casse la croissance, c'est le surendettement. Si vous n'avez pas traité de ces questions pendant la présidentielle, personne n'aura la légitimité de les traiter après.
Si l'un ou l'autre était élu, nous irions droit dans le mur ?
Je vous dis exactement ça. Ça a été pour moi une surprise et une déception de voir que le Parti socialiste se remettait dans cette ornière du « dépenser toujours plus ». François Hollande était entré dans cette campagne en se présentant en raisonnable. Depuis, il a retrouvé toutes les mauvaises habitudes de son parti.
Faut-il renégocier le traité fiscal ?
Il faut d'abord accepter les disciplines, parce que le devoir des gouvernants est de bien gérer les affaires de l'État. C'est un devoir à l'égard des citoyens. Ensuite, il faut que l'Europe porte un projet de croissance, je préfère dire de nouvel élan de prospérité.
La diversité dans la République, c'est quoi selon vous ?
Il y a un grand combat qui chemine dans la société française depuis deux cents ans. Les jacobins pensent qu'il faut tous les pouvoirs entre les mêmes mains, que la capitale tienne tout, que les régions doivent obéir, les cultures régionales disparaître, et la diversité dans le pays est un ennemi. Il n'y a pas de position plus régressive que celle-là. Moi, je défends l'idée que la diversité est une richesse. Dans tous les domaines. En politique, je veux une loi électorale qui représente toutes les sensibilités. Dans le social, je suis du côté des syndicats et des associations, le peuple a besoin d'être organisé pour exprimer sa richesse. En matière culturelle, les décisions que j'ai prises à l'époque ont sauvé Diwan et les autres écoles en langue régionale. Je ferai ratifier la charte des langues et cultures régionales.
Le 23 avril, sauf si vous êtes au second tour, vous allez devoir choisir ?
Si je peux proposer un projet de cet ordre, c'est parce que j'ai refusé d'adhérer à l'un des deux camps. J'ai choisi de sauvegarder une ligne indépendante pour pouvoir dire la vérité au pays et peser de tout mon poids sur les événements après.
Recueilli par Laurent MARCHAND et Michel URVOY
